Entre ciel et mer (Tome 1)
Voilà 3 semaines que je suis à bord du Aenne Rickmers. Mon carnet de voyage est bien rempli. Et j'ai préparé une page de blog concernant les détails pratiques d'un voyage en cargo.
Nous arriverons à Melbourne dimanche 27/01, j'en profite pour préparer quelques lignes que j'espère pouvoir publier en arrivant en ville.
Comment résumer ces 3 semaines de vie en mer et 50 pages de carnet de bord... ???
En commençant par dire que c'est une expérience vraiment extra. Bien sûr, j'ai eu le temps de ne rien faire et de m'ennuyer mais j'y étais préparée... J'ai pu prendre le temps de lire, écrire, dessiner, écouter de la musique, méditer (si si!), travailler mon espagnol.




Et puis, il y a toutes ces formidables rencontres faites à bord!
Mes compagnons « passagers », le capitaine, les officiers, les ingénieurs-mécaniciens, l'électricien, et tout l'équipage (marins, techniciens, élèves officiers), et bien sûr le cuisinier et le steward (pièces maîtresses du confort des passagers! ;o))... Nous avons beaucoup discuté, partagé nos expériences. Nous avons passé d'excellents moments ensemble, joué aux fléchettes, fait de mémorables parties de ping-pong (LE sport « national » à bord du navire), passé quelques soirées DVD à partager chocolats, cawuètes, bières ... Et pour apogée du voyage, une inoubliable soirée BBQ au milieu de l'océan Indien !!!
Alors voilà quelques points à retenir de ces 3 semaines:
Le bateau et ma cabine
Imposant porte-containers de 200 mètres de long, auquel on accède via une passerelle plus ou moins stable et bien raide. Ma cabine se situe au 4e étage (D-Deck, au-dessus des canots de sauvetage sur la photo). Ma vue se limite à un aperçu de l'horizon et principalement des containers, les 2 grues à l'avant du bateau et des énormes pneus... Heureusement, c'est assez dégagé pour que les rayons du soleil entrent dans ma chambre.
Visites de la salle des machines et de la timonerie
Deux étapes à ne pas rater.
La salle des machines nous fait plonger dans les entrailles du navire. Une immense « cathédrale » dans laquelle se trouvent le moteur principal ainsi que le moteur commandant le gouvernail, les systèmes auxiliaires, le traitement du fuel, le système de chauffage, de production d'eau potable, de traitement des eaux usées, la production d'électricité pour le navire...
La timonerie se situe au niveau le plus haut du navire; de là, on a une vue panoramique sur l'océan. Les officiers s'y relaient pour surveiller la bonne marche du navire, les obstacles éventuels qui se présentent, recueillir les informations météorologiques, adapter la vitesse du navire en fonction des conditions climatiques, relever régulièrement notre position, ... tout superviser.
Mes compagnons de voyage
Nous sommes 4 passagers à bord du Aenne Rickmers:
David R., un américain d'une cinquantaine d'année, voyageur au long court, né en Pennsylvanie, il vivait à Seattle quand il a décidé de « tout » quitter. Il n'a donc plus de logement et revient de temps à autre aux Etats-Unis pour régler les affaires courantes. Comment gagne-t-il sa vie? C'est un consultant indépendant qui intervient pour de multiples grands projets. Après une carrière passée entre 2 vols internationaux à travers la monde, il voyage maintenant presque uniquement sur les navires (missions scientifiques, bateaux de croisières, navires de la marine marchande). Il a parcouru une très grande partie de la planète plusieurs fois.
(J'en profite pour mettre une photo de nos Lifeboat Drill – Entraînement à l'évacuation du navire avec les canots de sauvetage – hebdomadaires. Sur la photo, David est avec Randy, notre steward!)
Hedi et Aldo K., un couple de retraités suisses, adeptes des voyages en bateau. Ils ont déjà fait plusieurs croisières (Mer du Nord, Océan Arctique, Caraïbes), ils ont navigués sur les rivières et canaux européens. Cette traversée en cargo est cependant une première pour eux: longue traversée, passage de l'équateur, à bord d'un navire de la marine marchande. Ils vivent à la frontière allemande, près de Shaffhausen. Polyglottes, ils parlent le suisse allemand, l'allemand, le français, l'anglais, l'italien et un dialecte italien du sud de la Suisse... Retraités de l'enseignement, Aldo est un ancien professeur de sciences techniques et Hedi une ancienne professeur d'activités manuelles (peinture, poterie, broderie, couture, tricot, ...)
Le Canal de Suez (The « Suiss » Canal ;o))
Notre convoi (une dizaine de navires de différentes tailles) est parti de Port-Saïd vers 02h00 le 9 janvier et est sorti du canal le même jour à 21h30... Pour une distance d'environ 160 km... Autant dire que l'allure n'était pas décoiffante (aux alentours de 8 noeuds marins soit 15 km/h) et la pause dans les brumes du Grand Lac Amer (Great Bitter Lake) assez longue... Ambiance particulière, mystérieuse, pour la découverte d'un lieu mythique!
Passage de l'équateur
Le 16 janvier à 22h25 nous avons passé l'équateur. Évènement célébré de différentes façon suivant les capitaines de navire. Dans notre cas, il n'y a eu aucune cérémonie de « baptème » organisée. Pour l'occasion, nous nous sommes réunis dans la cabine d'Hedi et Aldo, autour de quelques bouteilles de vin blanc, des barres de Toblerone et du gingembre confit.
Sur la photo de gauche à droite: Aldo, Hedi, Randy (steward), Rick (cuistot), bibi, David.
Les baignades
Lorsque la météo est assez bonne et que le roulis n'est pas trop important, la piscine du navire peut être remplie d'eau de mer. VASTE bassin de 7 mètres par 4 dans lequel nous enchaînons les « longueurs »... et luttons contre les vagues qui s'y forment avec les mouvements du navire.
Je peux en tout cas maintenant dire que je me suis baignée (rafraîchie) dans l'Océan Indien!
Entre ciel et mer
Chaque jour, le ciel et la mer nous offrent un nouveau spectacle... Ciel azur, brouillards, pluies tropicales, vents plus ou moins violents, nuages, soleil levant ou couchant, à son zénith, perçant à travers les nuages, mer d'huile, ondulée, agitée, scintillante...
LA soirée au milieu de l'océan Indien
Marinades de poulet, de grosses crevettes roses, de poissons, de boeuf, de porc à profusion. Barbecue de très très haut niveau. Nous étions installés à l'arrière du navire. J'ai eu un peu peur que les amplis et enceintes ne fassent pas la poids face au boucan du moteur... et bien ce fut le cas... mais ça ne nous a pas empêchés de faire la fête jusqu'au bout de la nuit... de 18h00 (eighteen hundred comme on dit à bord) à 04h00...
Voilà un extrait des nombreuses photos prises pour l'occasion!
Les accrobates du cargo
Je voudrais terminer cet article par un hommage au travail effectué par les marins à bord du cargo. Sur un navire, le travail est un éternel recommencement... maintenance mécanique, nettoyage, graissage, entretien, réparations, et encore et toujours la peinture, protection indispensable contre le sel et à plus long terme la rouille...
Les photos suivantes montrent différents membres de l'équipage en pleine rénovation des canots de sauvetage... « suspendus » au-dessus des flots: Norman Banal (3rd Officer), Allan Ortega et Danilo Gamit (Ordinary Seamen OS).
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